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Archives de la Lettre de l'Institut
Sommaire n°3 juin 2002
 Editorial  Cerveaux et machines
 L'informatique vue par l'entreprise  Technologie pour l'informatique
 Risques et complexité  Ethique et technique
 Les services Web  
 
Editorial
 

Imitation ou convergence ?

par Claude HANNOUN, président de l'Institut F. R. Bull, professeur honoraire à l'Institut Pasteur.

Dans ma pratique de l'enseignement de la virologie générale, j'ai souvent eu à définir simplement, pour des auditoires non avertis, la notion de virus et pour cela, j'ai fait appel à différentes analogies. J'ai trouvé que l'une des comparaisons les meilleures et les plus claires était de faire allusion aux "virus" informatiques.

Tous les jeunes (et quelques uns des moins jeunes) présents devant moi savaient ce que c'était, savaient plus ou moins comment ça marchait et pouvaient ainsi comprendre comment un virus, un vrai, peut entrer dans une cellule, l'infecter, s'y reproduire et en sortir.

Il faut dire que les similitudes vont très loin: les parties de message codé donnant des indications techniques, les signaux d'initiation ou de fin de message sont communs aux deux systèmes; les mécanismes de section, d'épissage ou de ligation du support du message codé sont analogues dans les deux cas, au moins dans leurs principes.

Il est évidemment tout à fait paradoxal d'expliquer un modèle par son imitation. Mais les créateurs de ces virus connaissaient-ils la microbiologie et la virologie ?
Ont-ils créé ces éléments de novo ou en assimilant sciemment l'ordinateur à une cellule utilisant un code pour définir ses actions spécifiques?
Et les analogies sont-elles venues en plus, par chance ?

L'homme s'est souvent inspiré de la nature pour concevoir et développer des objets utiles.
On pense évidemment dans ce domaine à Léonard de Vinci, aussi génial artiste qu'inventeur, qui dès le XVIème siècle, s'était fait le théoricien de l'imitation de la nature, le biomimétisme.
Par exemple, dans ses cahiers, illustrés de plans et de croquis, il rapporte ses recherches orientées vers l'imitation mécanique du vol des oiseaux pour s'attaquer au problème du vol du plus lourd que l'air. Il invente aussi l'hélice dont rien dans la nature n'avait pu, à l'avance donner l'idée, sauf peut-être, a contrario, l'observation du fruit de l'érable dont la rotation freine la chute. Il avait trouvé que l'observation de la nature fournissait des modèles dont l'étude et l'approfondissement pouvaient contribuer à leur tour à développer des applications mais aussi conduire à une meilleure compréhension du fonctionnement du modèle lui-même.

Ce mode de raisonnement a été largement utilisé depuis car il peut s'étendre à bien d'autres domaines que ne connaissait pas Léonard (d'avions, de navires, de radars, d'ordinateurs..) et il connaît aujourd'hui un regain d'intérêt.

Ainsi, l'observation peut porter sur les formes, sur la perception et le traitement des informations sensorielles, à la découverte de mécanismes de plus en plus compliqués et subtils, aux fonctions de commande et d'évolution.

Par exemple, en étudiant le sonar des chauves-souris, on peut observer la modification de la forme et de l'orientation du mouvement des oreilles destinée à améliorer la précision de la détection et on peut chercher à copier ces mécanismes grâce à une technologie miniaturisée (projet CIRCE).
Cette approche favorise une compétition et une émulation conduisant à des progrès parallèles de la connaissance et à des développements originaux.
Les expressions "traitement du signal, codage/décodage, lecture, messagers, transmetteurs, médiateurs, facteurs d'initiation" sont communes à la nature et à certaines constructions humaines et elles y ont des significations analogues, y compris dans l'informatique.

Dans ces cas, il est clair que l'observation engendre l'imitation mais est-ce toujours le cas ? Les inventions humaines dépendent-elles toujours de modèles naturels ? Est-ce toujours sciemment ou peut-il s'agir de convergences, le nombre des solutions restant limité ?
En d'autres termes, peut-on dire que l'imagination des scientifiques imite la nature, la redécouvre ou la réinvente ?