L'Institut | Mission insertion de Bull   | Groupes de réflexion | Publications | Livres adaptés pour aveugles
  Accueil> Publications> Lettre N°5
Contact |Plan du site 

Lettre N° 1
Lettre N° 2
Lettre N° 3
Lettre N° 4
Lettre N° 5
  . Editorial
. Cerveaux et machines
. Informatique vue ...
. Risques et complexité
. Ethique et technique
. Communiqués de ...
. En souvenir ...
Lettre N° 6
Lettre N° 7
Lettre N° 8
Lettre N° 9
Lettre N° 10
Lettre N° 11
 
Archives de la Lettre de l'Institut
Sommaire n°5 décembre 2003
 Editorial  Ethique et technique
 Cerveaux et machines  Communiqués de presse
 L'Informatique vue par l'entreprise  En souvenir ...
 Risques et complexité
 
Editorial
Par Claude HANNOUN, président de l'Institut F. R. Bull, professeur honoraire à l'Institut Pasteur.


Comme indiqué dans la lettre N°4, la publication de deux ouvrages de l'Institut a été menée à bien et ces volumes, " La médecine et la technique " et " Informatiser la prise de décision ? " ont été présentés dans les locaux des éditions L'Harmattan au printemps dernier. Ces publications sont le résultat de la contribution dynamique des invités de l'Institut mais aussi de la persévérance des éditeurs et de l'équipe permanente de l'Institut F. R. Bull (IFRB).

Pour ceux qui n'auraient pas encore pris connaissance de ces textes, indiquons que leur contenu reflète parfaitement les objectifs de l'IFRB : décrire et analyser les conséquences humaines, sociales et économiques de la généralisation irrésistible de techniques nouvelles innervées par l'informatique (Raymond Moch). Comment l'introduction de ces techniques modifie-t-elle les divers domaines de la vie, du professionnel au personnel ?

Dans le cas des rapports entre médecine et technique, les exemples des bouleversements apportés par les nouvelles techniques sont particulièrement frappants. Parmi les caractéristiques de la médecine moderne, de grands changements sont survenus dans les domaines des examens exploratoires et diagnostiques, et aussi bien sûr dans la mise au point d'outils performants de prévention (vaccins) et de traitement (médicaments). Ces progrès ne peuvent cependant faire négliger " l'inévitable clinique " (Pierre Gallois), qui apporte les premiers éléments permettant d'optimiser et de comprendre l'utilisation et les résultats des techniques ou des outils modernes.

L'ajustement de ces deux approches complémentaires est le cœur du problème et a des répercussions sur les diverses étapes : éducation, diagnostic, traitement, rapports médecin-malade. La médecine est-elle " envahie par la technologie " (Herbert Geschwind) ? Ou bien doit-on penser que " l'humilité que déclenche la perception d'une faible quantité de " vraies connaissances " permet le retour à un esprit critique, scientifique, autant dans les recherches psychanalytiques que sur le terrain biologique, environnemental et social " (Pierre Courbin) ?

Les conséquences de ces réflexions et de ces discussions sont évidemment importantes, notamment en ce qui concerne l'enseignement médical (Daniel Laurent) et l'information du public (cf. les événements récents causés par le Syndrome Respiratoire Aigu Sévère ou la canicule).

Quant à l'ouvrage " Informatiser la prise de décision ? ", il présente, sous ce titre malicieusement interrogatif, plusieurs exemples de situations dans lesquelles la technologie propose des outils nouveaux d'interprétation, d'analyse, de simulation qui peuvent aider à la prise de décision.
Cependant, plusieurs considérations tempèrent l'enthousiasme que pourraient susciter l'intégration et le traitement automatique et instantané de données trop nombreuses pour être manipulables rapidement par l'esprit humain.

Tout d'abord, les structures de stockage et de calcul sont de création humaine et par conséquent imparfaites et incomplètes, la meilleure preuve étant qu'elles doivent constamment être mises à jour en fonction des nouvelles données entrantes.
De plus, et dans le même sens la qualité des résultats ne peut excéder celle des données primaires elles-mêmes, qui ne valent que ce que vaut l'observation, l'enregistrement, le mode de traitement.

Dans toutes les situations envisagées par les auteurs des divers chapitres de l'ouvrage, de la tactique et la stratégie militaires aux situations épidémiques, de la justice à la gestion de l'entreprise, de l'administration départementale à celle d'un réseau ferroviaire, de la décision chirurgicale à la régulation de la circulation aérienne, de la gestion des catastrophes ferroviaires à celle des krachs boursiers, des exercices spirituels selon Ignace de Loyola aux thèses de Clausewitz, théoricien de la guerre moderne, on trouvera la même conclusion explicite ou implicite : le décideur doit disposer d'une documentation complète, mise à jour et compréhensible pour aider son choix, mais la décision reste finalement le choix personnel d'un être humain, aussi éclairé soit-il par l'éducation, l'information ou la technique.